Ce contenu contient des scènes pouvant choquer un public non averti.
Souhaitez-vous tout de même le visionner ?
Pavlova 3'23''
« La mort du cygne » est un ballet de 3mn environ qui a été créé en 1907 par Fokine pour la grande danseuse Anna Pavlova. Ce solo a une place très particulière dans le répertoire classique et ceci pour plusieurs raisons : sa forme, sa durée mais aussi son sujet – une danseuse improvisant quasiment en vrille sur l’idée d’un mouvement qui ne veut pas finir, qui ne veut pas mourir. Ce solo ou bien ce monologue est une pièce que nous croyons avoir tous vu. Elle est entrée dans notre imaginaire (sans doute à cause de la figure du cygne) et dans nos mémoires comme une pièce rêvée, imaginée, anticipée. Les différentes interprétations des danseuses (Pavlova, Chauviré, Plisetskaya, etc.) nous hantent et hantent l’histoire de la danse et du spectacle. Le cygne est un spectre et c’est aussi la figure spectrale de notre mémoire.
Cette pièce marque également une rupture dans l’histoire du ballet car pour la première fois une danseuse improvise.
Pour ce projet, il ne s’agit pas de remonter « La mort du cygne » mais de construire à partir de cette évocation un spectacle qui travaille l’idée d’une danse de la fin. Dés lors que l’image se multiplie autour de nous et envahit nos espaces, comment imaginer travailler autour de cette idée de la fin de toute représentation, comment le geste et le spectacle sont-ils encore des lieux d’inscription de la vie et de la mémoire ?
Le thème des Vanités contemporaines (même s’il appartient à la peinture) prend aussi une grande place dans ce projet car il est un espace de réflexion et de croisement entre matérialité, déroulement du temps et brièveté du passage. Les divers aspects des Vanités opèrent comme une conjuration de la faillite des utopies et du désenchantement. Cette mise en image parfois comique de la fragilité, de la futilité, du néant et de la mort est une réponse à une éternelle inquiétude…
Dans un espace troué, en surexposition lumineuse, défilent plusieurs figures ; solos, danses de groupe, processions contemporaines. Ces mouvements sont autant de résistance à ne pas sombrer, à ne pas plier, mais à renouveler sans cesse la danse et le geste comme une force et un appel pour ne pas finir. Un art de la persistance. Côté musique, j’ai commandé à plusieurs compositeurs ( Rodolphe Burger, eRikm, Heiner Goebbels et Gilles Sivilotto) des versions recomposées et inédites de la musique de Camille Saint-Saëns. Ces créations musicales seront intégrées dans une composition globale de la pièce comme une suite interrompue et sans fin de morceaux qui explorent et renouvellent cette thématique musicale.
Mathilde Monnier
Création du 12 au 16 octobre 2009 dans le cadre de Montpellier danse saison
En savoir plus : www.mathildemonnier.com